COP BRS 2025 : Ce que Joanna Bérenger ne vous a pas dit.
Un discours vide sur un sommet mal compris
La ministre évoque dans son message un plaidoyer sur le changement climatique et les responsabilités des grandes puissances polluantes. Problème : la COP BRS 2025 n’a strictement rien à voir avec le climat. Le thème officiel de la conférence – Make Visible the Invisible: Sound Management of Chemicals and Wastes – portait exclusivement sur la gestion des produits chimiques dangereux, les pesticides et les déchets, dans le cadre des trois conventions juridiquement contraignantes sur lesquelles repose le BRS : Bâle (déchets dangereux), Rotterdam (échanges de produits chimiques) et Stockholm (polluants organiques persistants).
Aucun agenda sur le climat, aucune discussion sur les émissions de gaz à effet de serre, aucun mécanisme de justice climatique n’était à l’ordre du jour. En prétendant y avoir fait un plaidoyer climatique, la ministre détourne l’objet même de la conférence et trompe sciemment l’opinion publique. Une erreur qui révèle, au mieux, un manque criant de compréhension des processus multilatéraux, au pire, une volonté politique de brouiller les pistes pour paraître engagée là où il n’y avait pas lieu de l’être.
Le cas du chlorpyrifos : une décision précipitée et non concertée
Maurice, par l’intermédiaire de sa délégation, a formellement soutenu l’inscription du pesticide chlorpyrifos à l’Annexe A de la Convention de Stockholm – signifiant son interdiction progressive à l’échelle mondiale, sauf dérogation temporaire. Or, le chlorpyrifos est l’un des intrants les plus utilisés dans les plantations de canne à sucre.
Cette décision, prise sans consultation préalable des acteurs agricoles, a pris de court l’ensemble de la filière. Aucune table ronde avec les planteurs, aucun avis public, aucune analyse d’impact n’a précédé cet engagement international. Ce manque de coordination soulève une question fondamentale : comment une décision aussi stratégique – ayant des conséquences directes sur la sécurité alimentaire, la compétitivité de notre agriculture et les revenus de milliers de travailleurs – a-t-elle pu être prise sans validation locale ? L’absence d’un comité interministériel chargé d’harmoniser les positions de Maurice à l’international est ici une faille structurelle majeure.
Une absence qui en dit long : le silence de la ministre sur la CIJ
Mais plus grave encore que cette communication décalée est le silence total de la ministre sur un dossier pourtant crucial pour Maurice : le retrait inexplicable du pays des audiences en cours devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) concernant les obligations climatiques des États. Cette procédure historique vise à définir, pour la première fois, la responsabilité juridique des pays fortement émetteurs face aux pertes et dommages subis par les pays vulnérables, notamment les petits États insulaires en développement.
Alors que Maurice avait brillamment contribué à la phase écrite du processus, en mars 2024, avec une analyse juridique complète sur l’impact du changement climatique sur ses côtes, son territoire et son économie, le nouveau gouvernement a brusquement retiré sa participation après les élections de novembre 2024. En omettant d’en parler, la ministre passe sous silence l’un des plus grands revirements diplomatiques de notre époque – une désertion incompréhensible alors même que la CIJ s’apprête à établir des principes de justice climatique qui auraient pu renforcer les droits de Maurice face aux grandes puissances.
Ce silence devient encore plus dérangeant lorsque l’on considère que, pendant qu’elle prétendait défendre l’environnement à Genève sur des bases erronées, Maurice renonçait à influencer une décision juridique majeure qui aurait pu offrir des mécanismes concrets de compensation pour les pertes dues aux cyclones, à la montée des eaux et à l’érosion côtière.
Une législation sur les pesticides : un cadre insuffisant face aux défis actuels
À Maurice, la réglementation des pesticides repose principalement sur deux textes législatifs : la Plant Protection Act 2006 et la Use of Pesticides Act 2018.
La Plant Protection Act 2006 établit le National Plant Protection Office (NPPO), chargé de prévenir, contrôler et éliminer les parasites des plantes, protégeant ainsi les ressources végétales du pays. Cette loi vise à assurer la santé des plantes et à faciliter le commerce international des produits végétaux en conformité avec les normes phytosanitaires internationales.
La Use of Pesticides Act 2018, quant à elle, introduit un cadre plus spécifique pour la régulation des pesticides, en mettant l’accent sur la sécurité de leur utilisation, la surveillance de leur importation et leur application sur certains produits agricoles. Cette loi cherche à minimiser les risques pour la santé humaine et l’environnement associés à l’utilisation des pesticides.
Cependant, malgré l’existence de ces législations, des lacunes subsistent dans leur mise en œuvre effective. Des critiques ont été émises concernant le manque de formation des utilisateurs de pesticides, l’absence de contrôles rigoureux sur les résidus et une communication insuffisante sur les risques associés. De plus, des questions demeurent sur la transparence des décisions prises en matière de réglementation des pesticides, notamment en ce qui concerne l’interdiction du chlorpyrifos, un pesticide couramment utilisé dans les plantations de canne à sucre.
Incendie à Mare Chicose : une gestion défaillante et une reconnaissance absente.
Parallèlement à ses engagements internationaux, la ministre Bérenger a fait face à une crise environnementale majeure : l’incendie du site d’enfouissement de Mare Chicose. Ce sinistre a mis en lumière non seulement les insuffisances dans la gestion des déchets à Maurice, mais aussi une réponse gouvernementale inappropriée.
Alors que la ministre sollicitait une aide internationale, notamment un hydravion français pour éteindre l’incendie, cette assistance ne s’est jamais concrétisée. En revanche, les pompiers locaux, les soldats du Special Mobile Force (SMF) et les volontaires ont fait preuve d’un engagement exemplaire pour maîtriser le feu. Cependant, la ministre n’a pas jugé bon de reconnaître publiquement leurs efforts ou de mettre en place un plan d’action concret pour éviter de tels incidents à l’avenir.
Cette absence de leadership local soulève des questions sur la priorité accordée aux enjeux environnementaux nationaux par la ministre. Alors que des crises locales exigent une attention immédiate, la ministre semble davantage préoccupée par des engagements internationaux qui, bien que importants, ne répondent pas aux besoins urgents de la population mauricienne.
Une diplomatie environnementale sans boussole
La participation de la ministre à la COP BRS 2025 n’est pas problématique en soi. Ce qui l’est, c’est la manière dont elle a communiqué sur cet événement, en travestissant son contenu pour mieux se positionner politiquement. En parallèle, elle a ignoré des dossiers autrement plus fondamentaux pour l’avenir du pays, tels que la défense des droits de Maurice face aux injustices climatiques devant la Cour Internationale de Justice, ou encore les impacts directs de l’interdiction du chlorpyrifos sur le secteur agricole.
Ce double manquement – communication erronée et absence stratégique – est révélateur d’un manque de rigueur, d’une absence de vision, et d’une diplomatie environnementale en pilotage automatique. Face aux défis systémiques que pose la transition écologique, Maurice mérite mieux que du spectacle et des approximations. Il est urgent de remettre de la compétence, de la coordination et de la transparence au cœur de nos engagements internationaux.
Il est facile d’endosser les habits du militant vert lorsqu’on est dans l’opposition — c’est vague, c’est tendance, ça fait bien dans les salons militants et sur les réseaux sociaux. Mais une fois au pouvoir, représenter un pays exige rigueur, précision et responsabilité. Participer à une conférence internationale aux frais du contribuable pour y faire une apparition de dix minutes — sans comprendre l’objet réel de l’événement — relève moins de la diplomatie que de l’autopromotion. Ce type de déplacement, coûteux et peu productif, semble surtout conçu pour flatter l’ego d’une ministre en quête de visibilité, bien plus que pour défendre les intérêts concrets de la nation. Revenir au pays et présenter cela comme un acte de bravoure en faveur du climat, alors que la conférence traitait d’un tout autre sujet, c’est comme applaudir un chirurgien qui s’est rendu en salle d’opération pour parler d’agriculture. Un geste creux, une posture sans contenu. Mais que peut-on vraiment dire, lorsque l’on parle de la fille du numéro deux du gouvernement ? Peu auront le courage de la contredire — encore moins celui de lui demander des comptes.

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